Café noir

mets-toi à l'aise, c'est l'heure de la pause

13 février 2006

Cesaro Vitalovski (à cinq heures du bout du monde)

Je marchais rue du Pape Cornu, à 4,623 kilomètres environ du centre de nulle part. Il pleuvait, comme il pleut toujours dans cette contrée antinomique. Des grosses larmes de pluie grasse et noire qui s’écrasaient mollement à la surface de tout ce qu’elles pouvaient atteindre. Je me frayais un passage entre les gouttes gluantes qui heureusement tombaient de manière très espacée. Je ne voulais pas souiller mon costume neuf de chez Armano Dingo acheté exprès pour l’occasion. Rencontrer Severino Galiochtko, en tête à tête ou presque - si on exceptait de compter ses gardes du corps et ses conseillers, il y aurait tout au plus une centaine de personnes sans importance - c’était un évènement exceptionnel, et ça pouvait changer le cours de votre vie. Mais il ne fallait rien laisser au hasard, et surtout ne pas arriver en retard. Une goutte de pluie s’écrasa à un centimètre à peine de la pointe de mes chaussures. Il fallait que je fasse plus attention, que j’empêche mon esprit de divaguer, que je me concentre sur mon entité. D’autant plus que j’arrivais à l’embranchement de la rue de l’Episcopat Avide. Je reniflais l’odeur caractéristique qui imprégnait les murs, cette odeur piquante et presque insoutenable de pisse de chat. Ici c’était leur quartier. Ils étaient partout, tapis dans l’ombre. Et malheur à celui qui frôlait les murs. Ici, il fallait marcher au milieu de la rue, en évitant de s’approcher des recoins où ils pouvaient se cacher. J’en voyais cinq, en embuscade derrière une poubelle vomissant ses ordures. Je voyais leurs yeux et je devinais leur contours. La nuit tous les chats sont gris dit-on. Ici, près du centre de nulle part, ils sont gris tout le temps, dans les rues grises suintantes de pluie grise. Un gris sale, puant, qui vous colle à la peau. Ici donc, il fallait redoubler d’attention, passer entre les gouttes, en évitant les chats. Et marcher suffisamment vite pour être à l’heure. Il n’y aurait pas de deuxième chance. Il ne fallait pas que je loupe celle-là.

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