08 mars 2006
Elvire
Vous pouvez rire charmante Elvire, les loups ont dévoré Paris.
Riez, riez donc, on lave les trottoirs à grands coups d'heineken, de soap opera et de litterature de caniveau.
Riez et dansez, c'est ainsi qu'il faut vivre, en constant mouvement et la tête étourdie.
Qu'est ce ce bruit ? un canon ?
non, c'est un feu d'artifice.
Et ce murmure ? des larmes ?
non, c'est une chanson de ce songwritter à la mode.
Mais là, ce sont bien des cris ?
non bien sûr que non, ce ne sont que les échos du cinéma de quartier.
Dansez Elvire dansez, et ne vous arrêtez pas avant que le gouffre ne s'ouvre sous vos pieds.
19 février 2006
Svreco Albergo (à cinq heures du bout du monde)
Le train roulait en cahotant, mais il roulait.
Svreco Albergo se tassa davantage encore contre la vitre crasseuse.
Ses larmes dégoulinaient et commençaient à former une flaque noirâtre sur le siège où il se tenait.
Comme il ne touchait pas le sol, il s’agrippait autant qu’il le pouvait pour résister aux secousses incessantes et pour éviter d'être projeté à terre au pied des autres voyageurs qui l’auraient foulé sans pitié et auraient ensuite contemplé avec dégoût la semelle de leurs chaussures.
Donc il se crochait aux aspérités du tissu usé et aux rideaux déchirés qui pendaient lamentables contre les panneaux de verre sécurit.
Le train était bondé, mais comme à l’accoutumé, personne ne prit place à coté de lui. L’odeur sans doute, et l’humidité.
Le train s’arrêta encore une fois en crissant.
Les larmes de Svrenco Albergo avaient maintenant totalement imbibé la banquette qui se mit derechef à goutter. Les autres voyageurs soulevèrent prudemment leurs pieds pour esquiver la mouillure sanglotante.
Puis le wagon s’ébranla à nouveau par soubresauts successifs.
La masse ruisselante de Svrenco Albergo faillit alors être propulsée en avant. Profitant de la halte, celui-ci s’était en effet imprudemment décroché de son siège pour se moucher dans un carré de tissu détrempé de couleur incertaine.
Heureusement, in extremis, il parvint à se rattraper aux ficelles qui pendaient du filet à bagages et il réassura solidement sa prise en reniflant bruyamment.
13 février 2006
Cesaro Vitalovski (à cinq heures du bout du monde)
Je marchais rue du Pape Cornu, à 4,623 kilomètres environ du centre de nulle part. Il pleuvait, comme il pleut toujours dans cette contrée antinomique. Des grosses larmes de pluie grasse et noire qui s’écrasaient mollement à la surface de tout ce qu’elles pouvaient atteindre. Je me frayais un passage entre les gouttes gluantes qui heureusement tombaient de manière très espacée. Je ne voulais pas souiller mon costume neuf de chez Armano Dingo acheté exprès pour l’occasion. Rencontrer Severino Galiochtko, en tête à tête ou presque - si on exceptait de compter ses gardes du corps et ses conseillers, il y aurait tout au plus une centaine de personnes sans importance - c’était un évènement exceptionnel, et ça pouvait changer le cours de votre vie. Mais il ne fallait rien laisser au hasard, et surtout ne pas arriver en retard. Une goutte de pluie s’écrasa à un centimètre à peine de la pointe de mes chaussures. Il fallait que je fasse plus attention, que j’empêche mon esprit de divaguer, que je me concentre sur mon entité. D’autant plus que j’arrivais à l’embranchement de la rue de l’Episcopat Avide. Je reniflais l’odeur caractéristique qui imprégnait les murs, cette odeur piquante et presque insoutenable de pisse de chat. Ici c’était leur quartier. Ils étaient partout, tapis dans l’ombre. Et malheur à celui qui frôlait les murs. Ici, il fallait marcher au milieu de la rue, en évitant de s’approcher des recoins où ils pouvaient se cacher. J’en voyais cinq, en embuscade derrière une poubelle vomissant ses ordures. Je voyais leurs yeux et je devinais leur contours. La nuit tous les chats sont gris dit-on. Ici, près du centre de nulle part, ils sont gris tout le temps, dans les rues grises suintantes de pluie grise. Un gris sale, puant, qui vous colle à la peau. Ici donc, il fallait redoubler d’attention, passer entre les gouttes, en évitant les chats. Et marcher suffisamment vite pour être à l’heure. Il n’y aurait pas de deuxième chance. Il ne fallait pas que je loupe celle-là.
09 février 2006
le prophète (delirium tremens)
Je suis le prophète, le dieu vivant, le clown, l’acrobate, l’ange abattu, le soleil profané.
Jolie déclaration, non ? on pourrait inscrire ça au frontispice de mes églises. Quand j’en aurais. Parce que j’en aurais un jour, quand j’aurais assez d’adorateurs pour en construire. Même qu’il y aura des cathédrales. Si, si, je vous assure !
Bon, pour le moment, c’est vrai, ils ne se bousculent pas au portillon les adorateurs, mais ça va changer. en vérité je vous le dis ! et puis, je n’ai pas encore bien cherché. Je ne suis qu’un dieu débutant, faut dire.
Je n’ai pas encore trouvé la bonne stratégie, le bon slogan. Comme Mitterrand tiens, « la force tranquille », ça c’était du slogan !
Donc là, il faut que je trouve le mien de slogan, pour attirer le chaland, d’autant que la concurrence est rude. Et puis il faut aussi que je développe mon programme. C’est bien beau de dire que je suis le dieu vivant, tout ça, mais ça ne suffit pas comme argumentaire. C’est vrai quoi, les gens sont habitués à leurs dieux morts. C’est pratique un dieu mort, on peut lui faire dire tout ce qu’on veut, et même le contraire de ce qu’il disait la veille. On s’en tire par des pirouettes, en disant que les prêtres ont mal interprété la parole, l’évangile. Tandis qu’un dieu vivant, bernique ! c’est plus facile à coincer. On peut lui demander des explications, l’assaillir, et lui reprocher la façon dont tourne le monde. Comme si un dieu, vivant ou mort d’ailleurs, pouvait changer quoi que ce soit à la marche de monde !
N’empêche, moi aussi j’ai envie d’écrire une évangile qui sera célébrée dans des millions d’années, d’inventer de nouveaux rites. Mais je serais mort avant que ce ne soit bien rodé. Et c’est dans maintenant que je dois faire mes preuves !
Bon, pour les miracles, je l’avoue, je ne suis pas hyper doué. Et puis, c’est devenu difficile. Avant, il suffisait de joindre les mains et puis hop, voici de l’eau changée en vin, et hop voilà des poissons et du pain.
Oui, à l’époque, ça marchait bien. Mais maintenant si je fais ça, on va me dire que mon vin c’est de la piquette, et que le poisson, bon c’est bien mais que, hein, on préfère les hamburgers. Sans compter que j’aurais les ligues anti-alcoolisme sur le dos et que les viticulteurs, les pêcheurs, et les restaurateurs me colleront un procès au cul pour concurrence déloyale. Enfin tout ça pour dire que les miracles, c’est plus la panacée.
Maintenant, il faut passer à la télé, chez Ardisson, chez Fogiel, chez Ruquier. Sinon, pas moyen de remuer les foules, même pour un dieu. Alors je cherche des disciples. Et si possible, des disciples bien introduits dans le milieu du show biz. C’est pour ça que je fréquente le carré VIP du Queen. C’est professionnel, n’allez pas croire !
C’est pour ça aussi que j’ai embauché un coach et que j’ai entamé un programme de remise en forme, avec régime, musculation, UV et tout le bataclan. Tout ça pour améliorer mon look.
Et quand je serais prêt, ce sera le grand show : la passion. Mais là quand même, j’ai prévu quelques aménagements au programme. Je suis un peu douillet voyez vous. Alors les clous tout ça, j’éviterais. Et puis, il y aura du coca à la place du vinaigre, histoire de me faire sponsoriser. Et pour me mettre dans l’air du temps, j’utiliserai un sling à la place de la croix. En cuir noir. C’est plus esthétique, et ça aura de la gueule. Et puis pas question de partager la vedette avec deux autres mecs ! ce sera moi tout seul. Ou alors… oui ça le ferait bien remarque : moi au milieu de deux petites nanas bien bandantes. Ouais, j’imagine déjà le tableau.
Et ce que j’aimerais, ce serait faire ça au stade de France,
et que ce soit retransmis en direct sur toutes les chaînes. The big show !
avec une chorégraphie de Kamel Ouali ! ouais, parfaitement ! ça va en jeter ! Parole
d’évangile (même si mon évangile à moi est pas encore écrite).
Bon c’est pas le tout, si je veux y arriver, il faut que je me remette au
boulot. Et sérieusement. j’en
étais où ? ah oui, un slogan. Il faut que je trouve un slogan.
« Pour un monde d’aujourd’hui, un dieu d’aujourd’hui : Richard Piboulot » ? hum pas terrible ça !
« Richard Piboulot, le dieu qu’il vous faut » ? ça non plus d’ailleurs.
« Priez Piboulot, le monde sera plus beau » ? bof…
« …
Aidez-moi !!!!!
08 février 2006
des poules dans les arbres
Il y avait des poules dans les arbres. Ce n’est pas parce que vous ne connaissez que les grosses poules de basse-cour que ce ne sont pas des oiseaux, et en tant que tels, elles savent voler. Mal certes, et avec une certaine lourdeur, mais voler quand même. Il y avait aussi des pintades, qui gueulaient « mandrack » quand vous vous approchiez trop. Et un chien moche qui ressemblait à un mouton, un mouton sale, dégénéré.
Et puis des poules sans tête accrochées par les pattes contre un mur, avec leur sang qui dégouttait dans une assiette posée en dessous.
Mon pied s’est enfoncé dans quelque chose de mou et visqueux. Sous ma semelle, il y avait un magma de poils de viscères et de sang, qui était autrefois un poussin et que j’avais écrasé. Je vis avec terreur une poule se précipiter vers moi, me pourchasser pour me crier sa douleur de mère face à son enfant broyé. Elle tentait sans relâche de me jeter un objet qui poussait dans son bec, un objet dur fait de mots agglutinés, solidifiés. Je me suis enfuie, me précipitant à l’intérieur de la maison, m’enfonçant toujours plus loin dans des couloirs qui n’en finissaient pas, traversant des pièces innombrables. Et finalement, je me suis enfermée, je me suis cloîtrée dans une chambre dont j’ai obturé toutes les issues, mais j’entendais la poule au dehors, je la devinais à l’affût. Je savais que je ne pourrais plus sortir, qu’elle serait là, toujours, à me guetter, prête à me jeter à la tête ma culpabilité, qu’il me faudrait un jour affronter.
Une poule sur un mur, tête coupée, qui picote du pain dur. Sauf qu’il n’y avait pas de pain. Juste des poules, sur les murs, et dans les arbres.
16 septembre 2005
la vie en couleur bleue
Ce qui se passe derrière la porte
ça ne regarde pas les gens
chacun chez soi et Dieu pour tous
et les coups serons bien portés
c’est la vie
en couleur bleue
la cuisine au beurre noir
c’est l’amour coup de foudre
et puis l’amour coup de poing
Prends tes cliques et tes claques
t’as pris assez de claques
prends tes cliques petite sœur
tire-toi vite ça suffit
Entre l’arbre et l’écorce
ne mettons pas le doigt
ce qui se passe derrière la porte
ça ne nous regarde pas.
11 juillet 2005
bruine
Quelquefois les rêves meurent dans l'ombre
quelquefois la nuit dégouline sur la vie,
quelquefois ta main fermée trahit l'angoisse
pendant qu’un sourire déchire ton visage.
Il bruine.
La mort s’installe dans nos veines
insidieusement
l'avenir immobile s’effiloche
Mes doigts silencieux
cherchent à tâtons l'émoi perdu
mes yeux âpres scrutent
le désir qui se recroqueville
la chaleur ancienne
devient tendresse sans souvenir
Suspendus entre le ciel et la ville
les no man's lands amnésiques
…
tout va bien
27 mai 2005
somnambulle
Pour Terence, si jamais tu passes par là (et tant pis si je ne suis pas très douée pour écrire)
dos en berceau
yeux colmatés
cœur anesthésié
chloroformé
tu t’envoles
sous l’averse
qui perfore
ton armure provisoire
juste le temps
d’apprivoiser ta peur
t’endormir en boule
avant que le somme se consomme
avant que la bulle se consume
juste un peu de temps
avant
26 mars 2005
emporte-moi
qui me conjurent de ne pas dormir
je sais le soleil je sais la lune
emporte-moi loin de moi
je sais la pluie tombée sur la pluie
les heures passées à vider le temps
je sais le vent corne de brume
emporte-moi loin de moi
je sais la plainte légère de l’eau
les rumeurs douces emplissant la nuit
je sais les frissons d’écume
emporte-moi loin de moi
je sais les yeux sous les paupières
je sais les larmes sous les rires
je sais l’oiseau je sais la plume
emporte-moi loin de moi
je sais les coups sous les caresses
et les morsures sous les baisers
je sais le marteau et l’enclume
emporte-moi loin de moi
je sais la nuit jusqu'au matin
les étoiles jusqu'à l’aurore
je sais le remord qui consume
emporte-moi loin de moi
mis en musique et interprété par Bismoun : emporte1.mp3
toxique
Dans la chaleur meurent les oiseaux candides
les aubes transpirent dans la chaleur morbide
qui enfièvre les pluies malsaines et acides
sans bruit s’évaporent les oiseaux lucides
les yeux étincelants et le cœur liquide
s’arrachant les ailes méthodiques suicides
sous le ciel toxique la chaleur est torride
sous le ciel toxique s’acclimate le vide
sous le ciel toxique la vapeur monoxyde
sous le ciel toxique le silence solide
mets-toi à l'aise, c'est l'heure de la pause